Castillon Côtes de Bordeaux : Les pionniers de l’engagement environnemental

25 février 2026

Plusieurs domaines de Castillon Côtes de Bordeaux sont aujourd’hui salués pour leur engagement envers la viticulture durable. Cette appellation, située à l’est de Saint-Émilion, s’est affirmée comme un véritable laboratoire de pratiques agroécologiques grâce à l’impulsion de vignerons visionnaires. Qu’il s’agisse de la conversion en agriculture biologique, de la préservation de la biodiversité, ou de l’introduction de procédés inspirés de la biodynamie, chaque domaine intègre dans sa démarche un profond respect du terroir et une ambition d’innovation environnementale. Leur engagement se traduit aussi bien par des certifications (AB, HVE, Demeter) que par des actions concrètes de terrain : enherbement naturel, agroforesterie, limitation des intrants, protection des sols et de l’eau. Ces vignerons incarnent ainsi la transition vers un vignoble résilient, attentif à la terre autant qu’aux attentes des amateurs de vin responsables.

Les enjeux : Castillon, laboratoire de la transition viticole

Castillon Côtes de Bordeaux bénéficie d’un terroir similaire à Saint-Émilion, des coteaux argilo-calcaires baignés de lumière, mais aussi d’une histoire plus libre, moins contrainte par les traditions. Ce cadre a permis à de nombreux vignerons d’oser, d’expérimenter et d’affirmer des pratiques novatrices.

Forcés de se démarquer dans un marché très concurrentiel, les producteurs de Castillon ont saisi tôt l’importance de la différenciation environnementale. Aujourd’hui, selon les données du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), plus de 55% de la surface du vignoble Castillonais est engagée dans une démarche environnementale certifiée (Bio, HVE ou Terra Vitis). Ce taux, supérieur à la moyenne bordelaise, illustre l’élan collectif et la dynamique de transition de l’appellation.

Zoom sur les vignerons les plus engagés

Plusieurs domaines emblématiques incarnent ce virage écologique. Si la liste n’est pas exhaustive, ces propriétés se distinguent par la constance de leur engagement, la diversité de leurs pratiques et la reconnaissance reçue par des labels ou des organismes externes.

Château d’Aiguilhe

Propriété de Stephan von Neipperg (qui possède également des châteaux à Saint-Émilion), le Château d’Aiguilhe (cliquez ici pour leur site) est certifié en Agriculture Biologique depuis 2019. L’équipe a mis en place une gestion parcellaire pointue, des programmes d’enherbement naturel, la diversification des couverts végétaux et la réduction systématique des intrants chimiques.

  • Certification Bio : obtenue en 2019
  • Préservation de la biodiversité : création de haies, installation de nichoirs à oiseaux
  • Utilisation de levures indigènes et limitation des interventions en cave

Le vignoble est souvent cité par la Revue du Vin de France et Terre de Vins comme un modèle du genre parmi les grands domaines girondins.

Château Poupille

Véritable pionnier de l’agriculture biologique dans le Bordelais, Philippe Carrille a engagé Château Poupille dans la conversion dès 1997, certification obtenue en 2008. Sa philosophie ? « Faire des vins propres sans dénaturer la terre, en laissant la vie s’exprimer sous les rangs. »

  • Certification Bio depuis 2008
  • Expérimentations en biodynamie (préparations, tisanes, cycles lunaires)
  • Rejets de produits chimiques bannis depuis plus de 20 ans

Château Poupille est fréquemment cité dans la presse spécialisée (Le Monde, Sud-Ouest) comme un acteur de la « nouvelle garde » bordelaise.

Château Beynat

Sous la houlette de Michel Boutet, Château Beynat a adopté une approche sans compromis sur la qualité ni sur l’écologie. La propriété est certifiée depuis 2011 en Agriculture Biologique et depuis 2016 en biodynamie (label Demeter).

  • Certifications Bio et Demeter
  • Agroforesterie : replantation d’arbres au sein des parcelles
  • Lutte biologique : recours aux insectes auxiliaires et confusion sexuelle
  • Partenariats avec des apiculteurs pour favoriser la pollinisation

Le château est régulièrement invité à partager son expertise dans des colloques viticoles, comme lors des Rencontres Internationales de la Biodynamie à Bordeaux.

Château le Puy

Situé tout à l’est de l’appellation, le Château le Puy, détenu par la famille Amoreau depuis plus de 400 ans, est reconnu pour sa vision avant-gardiste. En conversion bio depuis les années 1990 et officiellement certifié en 2012, le domaine suit également les principes de la biodynamie bien au-delà des exigences du cahier des charges.

  • Certifications Agriculture Biologique et Demeter
  • Utilisation exclusive de levures indigènes, aucun produit œnologique ajouté, soufre minimal
  • Autonomie du domaine (engrais verts, brebis, traction animale sur certaines parcelles)

La presse internationale (Wine Advocate, Decanter) décrit Le Puy comme « l’un des crus les plus purs de Bordeaux ».

Autres domaines à suivre

  • Château des Rochers : reconnu pour son engagement Terra Vitis (agriculture raisonnée) et la valorisation de la biodiversité.
  • Château Mangot (Saint-Étienne de Lisse, limitrophe Castillon) : famille Todeschini, en bio depuis 2009, travaux remarqués sur la préservation des sols.
  • Château Lapeyronie : en bio depuis 2011, expérimente la plantation d’essences d’arbres locales pour limiter l’érosion.

Quelles pratiques environnementales concrètes ?

L’engagement environnemental des vignerons castillonnais ne se limite pas à la certification. Au quotidien, il se traduit par une grande diversité d’initiatives :

  1. L’agroforesterie et la biodiversitéDe nombreux domaines replantent des arbres, installent des haies, laissent des bandes enherbées et multiplient les refuges pour insectes auxiliaires et pollinisateurs. Selon une étude menée par Agrobio Gironde (2022), ces actions ont permis l’augmentation de près de 25% de la population d’insectes utiles sur certaines parcelles.
  2. La gestion responsable de l’eauLes vignerons limitent l’irrigation, récoltent les eaux de pluie et mettent en place des fossés naturels pour éviter le ruissellement et la pollution des nappes.
  3. La réduction des intrantsGrâce à la connaissance approfondie des sols et du vivant, l’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse a chuté de près de 60% dans les domaines engagés, selon le rapport 2023 du CIVB.
  4. Le retour à l’agriculture vivanteLes pratiques de préparation biodynamique, l’association de cultures, l’intégration d’animaux (moutons, chevaux), permettent d’enrichir naturellement les sols.
  5. L’engagement collectifPlusieurs initiatives voient le jour pour mutualiser la gestion environnementale : achat groupé de matériel moins polluant, organisation de journées d’échanges et de sensibilisation, participation à la recherche sur la résistance aux maladies de la vigne, en partenariat avec l’INRAE.

L’impact sur la qualité des vins et la reconnaissance du terroir

Loin d’être un simple argument marketing, l’engagement écologique des vignerons de Castillon a un impact tangible sur la qualité et la typicité des vins produits. Les critiques s’accordent (La Revue du Vin de France, Guide Hachette, Bettane & Desseauve) : la finesse des expressions aromatiques, la fraîcheur, la densité de fruit et la tension minérale caractérisent de plus en plus les cuvées issues de ces pratiques.

Au fil des millésimes, les domaines engagés observent une meilleure résilience de leurs vignes face aux aléas climatiques — sécheresses, épisodes de grêle ou de gel — ainsi qu’une plus grande adéquation entre l’expressivité du terroir et le style des vins. Cette évolution séduit une clientèle nouvelle, sensible à la fois à la transparence des pratiques et à l’authenticité des cuvées.

Cet ancrage environnemental permet également de valoriser l’image de toute l’appellation Castillon Côtes de Bordeaux, qui s’impose comme un modèle de transition réussi et inspire d’autres terroirs girondins.

Les défis et perspectives

Malgré la progression tangible, la transition écologique reste un parcours exigeant, souvent semé de contraintes économiques (surcoûts de main-d’œuvre, faibles rendements, investissements dans le matériel d’agroécologie), climatiques et administratives (accréditations longues et réglementations changeantes). Cependant, la dynamique collective, soutenue par la nouvelle génération et les organismes de bassin (ex. Fédération BIO Nouvelle-Aquitaine), favorise chaque année la hausse du nombre de domaines en conversion ou en démarche environnementale.

À Castillon, ces pionniers prouvent que les défis, loin de freiner l’innovation, stimulent la créativité et réinventent le modèle vigneron de demain. La relation entre respect du terroir, identité gustative et exigence environnementale prend tout son sens ici, sur ces coteaux à l’avant-garde de la révolution verte du Bordelais.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter les rapports officiels du CIVB, les études d’Agrobio Gironde, et à visiter directement ces propriétés : beaucoup ouvrent volontiers leurs portes, partagent leurs convictions et font goûter des vins qui capturent l’essence d’une nature préservée et d’un savoir-faire visionnaire.

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