Un voyage à travers l’histoire de la culture du vin de Bordeaux

21 février 2025

Les origines : quand les Romains domptaient la terre

La culture de la vigne à Bordeaux trouve ses origines dans l’Antiquité. Ce sont les Romains qui, au Ier siècle avant notre ère, introduisirent la vigne dans la région. Plusieurs vestiges archéologiques en témoignent, notamment des amphores découvertes dans les environs. À cette époque, Bordeaux (appelée alors Burdigala) devient une terre propice pour la viticulture grâce à ses sols variés et son climat tempéré influencé par l’océan Atlantique.

Ces premiers temps furent surtout consacrés à la production locale, destinée à une consommation régionale et au commerce romain. On estime que les premières variétés de cépages plantées dans la région étaient rustiques et adaptées aux techniques viticoles rudimentaires. Mais l’essence était déjà là : Bordeaux commence à se tailler une place parmi les régions viticoles d’importance.

Moyen Âge : l’essor grâce au commerce avec l’Angleterre

L’histoire de la viticulture bordelaise s’accélère au Moyen Âge, et ce, grâce à un mariage royal. En 1152, Aliénor d’Aquitaine épouse Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre. L’Aquitaine et ses productions – notamment son vin – deviennent alors une possession anglaise. Ce fut un tournant majeur pour Bordeaux.

Les Anglais, friands de vin, le nomment "claret", une appellation qui désignait alors un vin léger et peu coloré, à mi-chemin entre un rouge et un rosé actuel. Le commerce avec l’Angleterre explose, faisant du port de Bordeaux un des plus dynamiques d’Europe. Les vins bordelais gagnent en renommée et atteignent même les tables aristocratiques britanniques.

À cette époque, les premières grandes propriétés apparaissent. Les abbayes, notamment celles de Saint-Émilion, jouent un rôle clé dans l’entretien des vignobles, organisant les plantations et perfectionnant les méthodes de vinification. Les prémices des grands domaines se dessinent.

Les XVIe et XVIIe siècles : des vins de Bordeaux pour l’Europe entière

Avec la fin de l’influence anglaise, Bordeaux continue de s’imposer en Europe grâce à son terroir et à son savoir-faire. À partir du XVIe siècle, des négociants flamands s’intéressent aux vins de Bordeaux. Ils investissent dans la région, favorisant la montée en qualité et structurant les exportations. À cette époque, les vins bordelais se retrouvent sur les tables hollandaises, mais aussi dans les colonies anglaises et espagnoles.

Durant le XVIIe siècle, une évolution majeure voit le jour avec la mise en valeur des terroirs du Médoc. Cette région marécageuse et hostile, située au nord de Bordeaux, est asséchée grâce à des ingénieurs hollandais. Les sols graveleux – parfaits pour la culture de la vigne – sont révélés. Le Médoc devient rapidement un des fleurons du vignoble bordelais, abritant aujourd’hui certaines des appellations les plus prestigieuses comme Margaux, Pauillac ou Saint-Estèphe.

Le classement de 1855 : l’âge d’or des grands crus

La véritable consécration mondiale du vin de Bordeaux arrive au XIXe siècle, notamment avec l’Exposition universelle de Paris en 1855. À la demande de Napoléon III, un classement officiel des grands crus du Médoc et de Sauternes est établi. Ce classement repose sur la notoriété des châteaux et les prix de leurs vins sur les décennies précédentes.

Ce document, connu sous le nom de Classement de 1855, reste aujourd’hui une référence dans le monde du vin. Des domaines comme Château Margaux, Château Lafite Rothschild ou encore Château d’Yquem y occupent des places de premier plan. Cette reconnaissance internationale marque l’apogée d’une histoire séculaire, mais aussi l’entrée dans une nouvelle ère de prestige et d’élitisme pour Bordeaux.

Du XXe siècle à nos jours : crises, modernisation et renouveau

Le XXe siècle fut une période mouvementée pour Bordeaux. Après la Première Guerre mondiale, les vignobles peinent à se relever des ravages du phylloxéra, un insecte ayant décimé les ceps à la fin du XIXe siècle. S’ajoute à cela une crise économique mondiale qui impacte la consommation de vin.

Cependant, c’est aussi durant cette période que Bordeaux se modernise. Les appellations d’origine contrôlée (AOC) sont instaurées dans les années 1930, un système destiné à garantir l’origine et la qualité des vins. Les viticulteurs s’organisent en syndicats pour défendre leurs terroirs.

À partir des années 1980, Bordeaux connaît un nouvel essor. Les techniques viticoles s’améliorent considérablement : tri sélectif des grappes, fermentation à température contrôlée, vieillissement maîtrisé en fûts de chêne... Parallèlement, la demande internationale explose, notamment en Asie. La Chine devient d’ailleurs l’un des plus gros importateurs de grands crus bordelais.

Les défis actuels : entre tradition et innovation

Aujourd’hui, Bordeaux fait face à de nouveaux défis, notamment celui du changement climatique. L’augmentation des températures, les aléas météorologiques et la pression des maladies obligent les vignerons à repenser leurs pratiques. On voit ainsi apparaître de nouveaux cépages adaptés à ces conditions, tel que le marselan ou le touriga nacional.

Par ailleurs, Bordeaux s’ouvre de plus en plus à une viticulture durable. En 2022, plus de 30 % de la surface viticole bordelaise était engagée dans une démarche biologique ou biodynamique. Ces pratiques témoignent d’une volonté de préserver l’héritage tout en répondant aux attentes des consommateurs.

Une région tournée vers l’avenir

Bordeaux, avec ses deux mille ans d’histoire, continue d’émerveiller et de fasciner. Chaque bouteille raconte cette évolution, entre héritage des traditions ancestrales et innovations au service de la qualité. Le vignoble bordelais reste une source inépuisable de découvertes, mêlant passé, présent et futur. Et si l’histoire de Bordeaux est écrite dans ses vignes, elle est toujours prête à s’enrichir de nouveaux chapitres, à déguster sans modération.

En savoir plus à ce sujet :